Mercredi 29 août :

Un banc, bien regarder avant où sont tombées les merdes d'oiseaux et s'asseoir à l'endroit épargné par les bestioles, sortir un livre, en l'occurrence "Panégyrique" de Debord, toujours chez NRF, lui le "subversif", je suis assis tranquille, devant le parc des Capucins, juste devant l'énorme allée d'entrée, petit pont de bois à ma gauche, à ma droite, au loin, un espace de jeux pour les gosses, je suis bien.
Je viens de quitter Laurent, il m'a offert mon Gini à la Libération. C'est Théo qui tient la boutique pendant que Xavier est parti à Antibes. Théo est un type indescriptible, assez lunatique, dans les 110 kilos, donc méfiance et écrase de gueule.
Il nous impose une musique jamais entendue dans ces murs, la discussion est difficile, aussi bien par l'insupportabilité de la Zik que du niveau du son.
Alain, impassible, droit sur son tabouret, regarde son blanc. Il ne voit rien, vraiment rien, et ne semble pas entendre la New Jack de Théo.
Désormais, je suis seul, je n'ai pas cherché le banc le plus reculé, mais le premier, celui qui est au pied du bâtiment à l'escalier en colimaçon, escalier qui mène à la salle d'exposition, salle réservée par tous les aquarellistes et bronzières du coin.
J'entame ma lecture paisiblement, sans me préoccuper de l'heure, de savoir que je dois remonter au lycée, faire le pitre ne m'intéresse pas.
La page 18 est interrompue par le bruit annonciateur d'un défilé de camps de mômes, direction les chiottes, la chiotte, unique endroit où uriner et couler un bronze.
La mono est totalement apathique, lymphatique, toute blanche, elle apparaît bien après les derniers. Les gamins, bien sages, se sont mis en rang devant les gogues, ils attendent la chef.
Un petit gosse s'amuse à mettre ses mains autour du cou d'une jolie, la plus grande du régiment, avec de longs cheveux blonds, jusqu'aux fesses, elle rigole, elle est bien mignonne, le petit n'est pas très hardi, dès que la jeune fille manifeste une sensation qu'il retire aussitôt sa main, pour recommencer ce manège ensuite.
L'arrêt pipi-caca dure longtemps compte tenu de la miséreuse installation du parc. Les gosses se dispersent, près du pont de bois, lançant des cailloux, dans la pelouse, regardant dans le ruisseau les petits goujons, les gamines papotent près de la porte, la mono est totally out.
La troupe repart, moi aussi.
Je remonte au lycée, je traverse Coulommiers, dans sa longueur, passant par la place du Marché où les agents nettoient les conséquences du marché, des petits vieux errent ici et là, pâté de foie, camembert, œufs frais et légumes dans le cabas.
Un bon quart de marche, dans une longue côte avant d'arriver au lycée. Je suis en retard, mais je suis l'un des premiers.

Dans l'après-midi, je croise Camille en ville, je suis toujours aussi minable, alignant difficilement quelques mots.
Juste avant de la voir, je rayonnais de mon éloquence de petites grosses, assez nunuches de surcroît.
Cette prérentrée ressemble bien trop à celle de l'année dernière.
Je ne refais pas un an de plus. C'est décidé.