Vendredi 3 août :
La métamorphose de l'adolescent
J'ai pris conscience ce matin en pilotant, le
sourire aux éclats, un bolide de ferraille, que j'étais en plein
dans une phase de métamorphose.
Que la révolution adolescente, je la vivais depuis septembre dernier.
Mon goût pour la pratique du sport et de la dépense physique, j'étais
dispensé de sport du CM2 (Mme Parisot) au Bac (?), est un premier symptôme.
Je me suis mis à faire des bornes en vtt, des heures d'entraînement
au tennis, à courir au foot
De plus, j'ai commencé à écrire.
Si ce n'est pas un signe ! L'écriture est une activité d'adolescent,
celui qui écrit est un ado. Il n'y a qu'un ado qui passerait sa journée
à écrire, à penser un autre monde, à d'autres personnages.
Sport et écriture, j'ai bien peur que je suis en pleine crise d'adolescence,
à 25 ans !
Pour les petits jeunes, certains ont grandi,
je reste un monument, une légende. Tout ce qui a des cheveux hirsutes
connaît "Stéphane Million, le type au 5g". Le roi de
la tise, le maître des alcools blancs et des fêtes de la folie.
Les grosses soirées chez moi ou ailleurs, 200 ou 300 (peut-être
exagéré 300 !) personnes, des hardos, des punks, des gothos, des
gentils, des rugbymen, des tapettes, du chit, de la bière, 2 ou 3 filles
et le délire d'une nuit, beaucoup de petites casses.
Ces grosses soirées sont bien lointaines, mais parfois je rencontre des
types qui me disent qu'ils étaient à Touquin à une énorme
partie de délires, ou rien n'était interdit. Des types qui ont
20-22 ans, mais à l'époque étaient minots. Cela reste généralement
un souvenir terrible.
Désormais, il y a les raves, mais les
soirées que l'on faisait ressemblaient plus à une énorme
bacchanale où la communion était plus palpable. Je ne veux pas
passer pour un vieux con au moment même où je prends conscience
que je suis un vieil ado.
Les ados sont souvent cons, donc...
Je discute souvent avec des copines qui sont
en free tous les week-ends. Je suis pas du tout tenté, gober, danser
sur des sons, la drogue, ce n'est pas du tout mon truc.
L'alcool, qui est aussi une drogue, me semble être (ça va être
con ce que je vais dire) plus propice (sans l'excès) à la communion.
Peut-être moins organique que 300 ravers collés-mouillés
sur la scène. Mais cette partouze de corps transpirant m'inspire pas
trop.
Sans faire l'apologie des pizzas que laissaient les copains, l'alcool (ou le
mélange alcool-teushi) était plus convivial que l'absorption de
drogues chimiques.
Mais je garde un profond respect pour Timothy
Leary et Andrew Huxley; les pères du LSD.
La littérature, de Burroughs, de Ginsberg, de H.S Thompson, doit beaucoup
aux recherches de ce prix Nobel (Huxley, frère d'Aldous) et de ce prof
d'Harvard (Leary).
"Je veux voir dieu en face", tel était le maître mot.
Quête mystique par l'illusion chimique. Des précurseurs, notre
monde est devenu cette illusion.
On découvre de + en + par la biogénétique que nous sommes
que des processus électro-chimiques, même la passion serait de
cet ordre. = Illusion, notre vie ne serait que des pulsions électriques
dans nos synapses.
Notre économie est virtuelle, basée
sur des flux incontrôlables, de bulles spéculatives hors normes,
sur la spéculation boursière, sur la vente de rien. = Illusion,
notre économie n'est qu'un énorme bluff.
Notre communication, l'exemple d'Internet, de
ce que l'on appelle "monde virtuel". Chaque mot, chaque émotion
parcourt le fils conducteur du téléphone sous forme de suite de
chiffres. Si je pense, si j'écris "je t'aime", mon sentiment
n'est qu'une suite de 1 et 0 sur un fil électrique. Communiquer par l'éloignement.
On communique plus loin, mais pour quels motifs ?
Illusion du progrès technique, de croire que la communication est la
panacée. Non, si elle est assujettie à une logique du spectacle.
La liberté du Net conduit à des
formes communes, on parle de nouvelle orthographe pour les mails, les impressions
se "conformisent". L'Indien (le 1/10000 qui a l'électricité)
ressemble de plus en plus au trou du cul de parisien.
Illusion du partage car "conformisation" de la loi du plus fort.
Voyage dans la schizophrénie, dans nos
rêves de gosse, dans nos frustrations, un monde hallucinant : regardez
et ouvrez grand les yeux.
À l'inverse des types de "Fear et Loathing in Las Vegas", je n'ai pas besoin d'hallucinogènes pour voir un monde peuplé de monstres.